
Le Programme
« Vesna » n’est pas seulement un nom : c’est un souffle de vie.
Dans la mythologie slave, Vesna est la déesse du printemps, celle qui entrouvre les portes de la terre après le long sommeil de l’hiver. C’est le moment magique où la nature s’éveille et où l’homme renoue avec le vivant par le rite de la fête. Autour de l’Arbre de Mai, la communauté se rassemble : ici, la musique se fait rythme et chair.
Notre programme vous entraînera au cœur des traditions de République Tchèque et de Hongrie, où le chant choral a cappella nous conte les scènes du quotidien : danses villageoises, parades amoureuses et virelangues malicieux, mais aussi solitude et nostalgie du pays.
Le point d’orgue du concert sera la Messe en Ré Majeur de Dvořák. Loin de toute dévotion éthérée, c’est une œuvre « terrienne », imprégnée de souvenirs et du parfum des bois et des champs. Composée avec une économie de moyens afin d’être chantée par le plus grand nombre, elle sera proposée dans une version inédite pour chœur, solistes, quintette à cordes, orgue et percussions.
Vesna est une invitation à se reconnecter à la simplicité ; la plus belle façon de célébrer la vie est de raconter notre histoire par le chant partagé.
Direction artistique : Stefano Bernabovi
avec la précieuse collaboration de Marie Calvet
Vidéo-projections et éléments graphiques : Lucile Michau
Décors : Melaine Noiron, Juliette Four-Moret, Léa Lagouche, Clara Lévi, Laura Elie, Yves Decroix
Voix off : Emmanuelle Fauchet
Régie : Marie Larrieu, Clément Mettling, Laura Elie
Technique : Laura Menant
Première partie : Scènes de vie au printemps
1. Esti Dal, Zoltán Kodály
Véritable joyau de la musique hongroise, ce « Chant du soir » est une prière d’une simplicité désarmante. Inspiré d’un chant populaire recueilli par Kodály, il évoque un soldat demandant la protection divine avant de s’endormir loin de chez lui. C’est une pièce contemplative, presque suspendue, où l’harmonie semble s’élever comme une brume légère sur la plaine.
Près de la forêt, la nuit m’a surpris
J’ai placé ma pelisse sous ma tête
J’ai rassemblé mes deux mains
Et ainsi j’ai prié mon bon Dieu
Mon Dieu, donne-moi un gîte
Je suis déjà las de l’errance
De l’errance et de la fuite
Et de vivre en terre étrangère
Que Dieu donne bonne nuit
Qu’il m’envoie son saint ange
Qu’il encourage le rêve de nos cœurs
Que Dieu donne bonne nuit
2. Cantemus, Lajos Bárdos
Ce morceau est une ode vibrante à l’art choral. Sur un texte latin invitant à chanter pour célébrer la vie et l’harmonie, Bárdos déploie une écriture inventive et lumineuse. C’est une pièce qui met en valeur la précision technique et la joie pure de l’ensemble, rappelant que le chant est le lien le plus direct entre les cœurs.
Chantons parce que chanter fait du bien,
Chantons parce que chanter donne du plaisir,
Chantons parce que chanter c’est pour aimer !
3. Túrót eszik a cigány, Zoltán Kodály
Changement de décor avec cette pièce pleine d’esprit et de malice, structurée en deux parties contrastées. La première, basée sur une chanson enfantine hongroise, se présente comme un véritable virelangue racontant l’histoire d’un tzigane se régalant de fromage blanc. Puis, une certaine élégance s’installe pour nous conter les émois du petit Jean : c’est la fête de Mai, ce moment traditionnel où les jeunes garçons courtisent les filles du village. Entre virtuosité rythmique et jeux de mots musicaux, cette scène de genre exige une grande agilité vocale pour restituer tout l’humour et la fraîcheur du folklore hongrois.
Le tzigane mange du fromage blanc, ohé,
Et cherche noise à tout le monde après, holà
Il prétend même me gifler, ohé
Qu’il aille donc gifler son grand-père, ohé.
Un bouton d’églantier
Penche au-dessus du chemin,
Hop-là, tralala, deri, dera,
Penche au-dessus du chemin.
Jean vient à passer par là,
Et en cueille un brin,
Hop-là, tralala, deri, dera,
Et en cueille un brin.
4. Kačena divoká, Leoš Janáček
Dans cette œuvre, le compositeur tchèque Janáček nous plonge dans une atmosphère plus mélancolique et naturaliste. « La Cane sauvage » est une métaphore poétique et sombre sur le destin. À travers des textures vocales serrées, on y entend presque les battements d’ailes et le frémissement de l’eau, illustrant le lien profond qui unit l’homme à la nature sauvage.
Une cane sauvage tomba en plein vol.
Un jeune gars, bon fusil, l’avait touchée
au flanc gauche, sous la cuisse droite.
Elle se mit à pleurer en se posant sur l’eau ;
elle pleurait amèrement en invoquant Dieu :
Ah, mon Dieu, Dieu bien-aimé, je ne volerai plus jamais !
Pauvre petite canette, je ne volerai plus jamais,
et désormais je ne pourrai plus élever mes canetons.
Mes petits enfants ne font pas de mal ;
en se posant sur le Danube, ils boivent de l’eau trouble,
ils mangent du sable dur.
Vous, les petits canetons, envolez-vous, suivez-moi !
Allons, envolons-nous vers le grand Danube.
5. Dana Dana, Lajos Bárdos
Préparez-vous à un tourbillon d’énergie ! Dana Dana est l’une des pièces les plus célèbres de Bárdos pour son rythme frénétique et ses accents tziganes. C’est un défi de diction et de pulsation où les voix s’entremêlent pour créer une atmosphère de fête villageoise, évoquant la danse, le rire et la vitalité débordante du folklore d’Europe de l’Est.
Hey, ajuste bien tes pas, voilà dix carnavals que tu danses !
Hey, cette jeune fille est ma cousine, et celui qui la courtise, c’est le fils de mon père !
Hey, mon cœur a bien du chagrin, sois-en le remède, ma rose !
Hey, ne réfléchis pas trop, ne retarde pas, marie-toi, ne sois plus si difficile !
Hey, ne te soucie pas de mes haillons, je suis le père de neuf enfants !
Hey, même si je ne peux te parler, ma rose, rien que de te voir me soulage.
Hé, je n’ai dormi qu’un instant, j’ai dansé toute la nuit !
6. Goin’ Home, William Arms Fisher d’après Antonín Dvořák
Pour clore cette première partie, nous vous proposons un moment d’émotion. Adaptée du célèbre thème du mouvement lent de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák, cette pièce a été arrangée pour la voix par son élève William Arms Fisher, puis pour chœur par Stefano Bernabovi. Même sans ses paroles, la mélodie capture avec une force rare le sentiment de nostalgie et d’espérance. C’est un chant spirituel, presque hors du temps, qui évoque le voyage, le retour vers les siens et la sérénité retrouvée.
Je rentre à la maison,
Je m’en vais à la maison ;
Tranquillement, par un jour calme,
Je m’en vais à la maison.
Ce n’est pas loin, juste tout près,
À travers une porte ouverte ;
Le travail est fini, les soucis mis de côté,
Je ne vais plus rien craindre.
Ma mère est là, m’attendant,
Mon père attend aussi ;
Beaucoup de gens sont rassemblés là,
Tous les amis que j’ai connus.
Rien n’est perdu, tout est gain pour soi,
Plus de peur, plus de douleur.
Plus de trébuchements sur le chemin,
Plus d’aspiration impatiente pour le jour,
Je ne vais plus errer.
L’étoile du matin éclaire le chemin,
Le rêve agité est terminé ;
Les ombres sont parties, c’est l’aube,
La vraie vie a commencé.
Il n’y a pas de rupture, il n’y a pas de fin,
On continue juste de vivre ;
Bien éveillé, avec un sourire,
Continuant encore et encore.
Je rentre à la maison,
Je m’en vais à la maison.
Deuxième partie : Messe en Ré
Composée en 1887 pour l’inauguration de la chapelle privée du château de Lužany, la Messe en ré majeur (Op. 86) d’Antonín Dvořák est l’une des œuvres les plus lumineuses et personnelles du répertoire sacré du XIXe siècle. Contrairement aux grandes fresques orchestrales comme son Stabat Mater, cette messe se distingue par son humilité et sa ferveur intime.
Dvořák, fervent catholique dont la foi était indissociable de son amour pour la nature, a infusé dans cette partition une simplicité presque rustique mais d’une grande noblesse. Cette messe propose ainsi un voyage entre la tradition liturgique classique et le romantisme slave.
On y retrouve les mélodies chantantes et les rythmes influencés par le folklore tchèque, chers au compositeur. Le dialogue entre les solistes et le chœur n’est jamais dans l’opposition, mais dans une harmonie fluide et apaisante.
Dans cette version, l’orgue est présent comme dans la conception originelle de Dvořák, dans l’idée d’une prière intime, mais est également accompagné d’un ensemble à cordes et de timbales, arrangement de la version orchestrale de 1892.
« On y trouve la foi, l’espoir et l’amour pour Dieu, ainsi que ce remerciement pour avoir pu achever cette œuvre à la louange du Très-Haut et de l’Art. » — Antonín Dvořák, après l’achèvement de la partition.
1. Kyrie
2. Gloria
3. Credo
4. Sanctus
5. Benedictus
6. Agnus Dei
Solistes
Soprano : Clémence Montagne
Alto : Barbara Hammadi
Ténor : Gabriel Rixte
Basse : Jean-Paul Fourès
Instrumentistes
Orgue : Alice Nardo
Violons : Marie-Charlotte Raphanel, Vanessa Lefebvre
Alto : Alice Pointeau
Violoncelle : Ruben Friedman
Contrebasse : Oscar Bouillevaux
Percussions : Pauline Roux-–Merveille
Chanteuses et chanteurs de Conspectus et du stage Confluences
Sopranos
Ève Brisson, Anne Coubes*, Anne Debellefontaine, Laura Elie, Emmanuelle Fauchet, Floriane Fizaine, Juliette Four-Moret, Léa Lagouche, Lucile Michau, Geneviève Pignol*, Sylvie Yarza*
Altos
Marie Calvet*, Laura Galibert, Eliane Hodeige*, Marie Larrieu, Anne Le Lanchon*, Morgane Le Coz*, Jeanne Levet, Clara Lévi, Nathalie Matillo*, Véronique Merveille*, Mélanie Paya, Ana Rivero-Lynch, Marie Simon
Ténors
Johann Denuziere, Pierre-Emmanuel Francioni, Timothée Leclair*, Pierre-Emmanuel Mahieux, Landry Mathieu*, Melaine Noiron, Jérôme Petit, Emmanuel Pousse*, Thibault Raffaillac
Basses
Alexandre Chavey*, Yves Decroix, Pierre-Alexandre Eble, Lucien Masson*, Christian Mehn*, Clément Mettling, Pierre Quenard*, Joel Rhino*, Théo Roussel, Adrien Tibere-Inglesse, Stéphane De Tourdonnet, Carlos Vasquez
* Deuxième partie uniquement